Quand l’industrie du livre s’enlise dans les mêmes erreurs que celle du ciné ou de la musique

Me voici heureux propriétaire d’un eBook reader, liseuse électronique en français. Cette petite tablette à l’encre numérique (e-Ink) permet une lecture sans la fatigue oculaire généralement constatée sur les tablettes numériques (iPad et autres). J’avoue, c’est un véritable plaisir car l’outil se range facilement dans son sac, ne prend pas de place et contient déjà l’ensemble de ma bibliothèque papier. Je redécouvre les joies de la lecture dans le métro…

Mon choix s’est porté sur le Cybook Odyssey de Bookeen. Une magnifique tablette tactille et doté d’une technologie exclusive d’encre numérique rapide. Le Cybook Odyssey est surtout l’une des liseuses électroniques capables d’afficher le plus de formats : ePub, ePub protégés, PDF et j’en passe…

Le choix de la tablette ne fut pas facile car, encore une fois, les professionnels du secteur ont décidé de créer plusieurs écosystèmes, jalousement protégés par des DRM (digital right management ou verrous numériques) compliquant la vie des utilisateurs. Impossible, pour moi, d’acheter un livre numérique sur Amazon, puisque celui-ci ne sera lisible que sur sa tablette maison, le Kindle. Inversement, les possesseurs de Kindle ne pourront pas aller acheter leurs livres dans une autre boutique qu’Amazon. C’est pareil avec la boutique livre d’Apple : réservée aux iPads… Le client est donc piégé dans un écosystème totalement fermé et opaque. Le jour où l’utilisateur veut changer de système de lecture, les livres qu’il aura légalement acheté ne pourront pas être lus sur une plateforme concurrente… Voilà qui rend les choses bien compliquées…

Vous souhaitez acheter légalement un livre numérique ? Assurez vous d'abord d'être dans la boutique qui est autorisée sur votre liseuse !

Si ce choix se justifie pour l’industrie de l’édition, elle est carrément intolérable pour le consommateur. Quel intérêt d’acheter un livre numérique si l’achat de celui-ci nous lie définitivement avec une boutique ? Quel intérêt avons-nous à devoir acheter un terminal en fonction de la boutique, alors que celles-ci devraient proposer des solutions communes ? L’industrie de l’édition suit donc le même mauvais chemin que ses consoeurs de la musique et du cinéma, au mépris de ses clients.

Les DRM empêchent déjà de pouvoir prêter un livre comme on le souhaite, empêchent de partager… Si en plus ils empêchent d’acheter où on souhaite et nous lient à un matériel donné, c’est presque de l’arnaque ! Ces difficultés encouragent, une fois encore, le piratage. Avec un livre numérique à peine moins cher que sa version papier, on pouvait espérer moins de contraintes et plus de libertés, d’interopérabilité.

Heureusement, il existe plein de solutions (illégales, forcément) pour contourner ces protections. Un livre légalement acheté à la Fnac pourra ainsi rejoindre la bibliothèque Kindle et inversement.  Ask Google, si vous aussi vous avez un problème !

Et bonne lecture !

Le texte de Korben à ce sujet.


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  • JaiPasDeChienMaisJaiUnAvis

    C’est clair que le système des DRM est déjà complètement débile, mais alors appliqué aux livres, c’est une hérésie.
    Le prêt de livre, les bibliothèques et les photocopies partielles n’ont jamais tué les librairies (tout comme on pouvait enregistrer tranquillement sur des cassettes audio il y a quelques années, sans pour autant empêcher l’industrie de la musique de faire des bénéfices énormes, et sans plomber les ventes de disques).

    En clair le message envoyé est devenu le même pour tous : on veut votre argent.

    Ce que n’ont pas compris ces braves gens, c’est que la culture ne saurait être captive, car son essence même est libre comme le vent.

    Loin de moi l’idée de vouloir tout rendre gratuit, car les artistes (et je dis bien, les artistes), méritent de pouvoir vivre de ce qu’ils apportent à cette culture.
    Pour autant, vampiriser les consommateurs n’est pas la solution, et ce verrouillage des livres numériques, serait bien ridicule transposé à son père papier: serait-il raisonnable de nous faire acheter une édition différente dans chaque librairie sous prétexte que l’on a changé de quartier, tout en nous interdisant de prêter le dit livre à quelqu’un? Soyons sérieux.

    A vouloir pomper un peu plus à chaque étape pour nous vider de la possession de nos biens culturels, ce sont nos bourses qui s’assèchent.

  • http://www.vinzniv.net vinzniv

    Qu’est ce qui t’a donc décidé à acheter une liseuse ?

    A titre personnel, je ne suis pas encore disposé à sauter le pas. Si sur la musique, j’étais prêt à accepter qu’elle ne soit plus lisible dans 10 ans (l’industrie m’avait déjà habitué à considérer la musique comme périssable en passant du vinyl, à la k7, au CD, au MD…). Pour un livre, je veux avoir la garantie de pouvoir continuer à le lire dans 100 ans quelles que soient les évolutions de la technologie d’ici là.

  • http://1loup.net 1loup
  • http://nainsportentnawak.net Zep

    Je suis 100% favorable à une offre légale et payante, à condition qu’elle respecte plusieurs conditions :
    - un tarif adapté
    - un format lisible quelque soit le support (marque, système d’exploitation etc.), sans restrictions, afin de ne pas être coincé le jour où on veut changer de matériel
    - la possibilité de prêter les fichiers
    Voir ce manifeste, qui résume toute ma pensée : http://www.dontmakemesteal.com/fr/

    @Vinzniv : ce qui m’a décidé ? La liseuse que j’ai acheté à mon mec à Noël. J’ai eu l’occasion de réfléchir pas mal, avec lui, quel serait la meilleure et la plus libre. Les Cybooks sont basés sur des technologies libres (GNU / Linux) et le format de prédilection, à la différence du Kindle, est le ePub (format ouvert et libre : http://fr.wikipedia.org/wiki/EPUB_(format) ). A la différence des formats propriétaires, j’ai l’assurance que ce format peut survivre, puisqu’il suffira de quelques développeurs pour l’adapter si jamais les liseuses venaient à évoluer. Mais je comprends tes inquiétudes. Ayant bossé dans un service d’archives à mes débuts, je suis un fervent défenseur du papier, seul support à avoir traversé les siècles sans problèmes. Aucune propriété intellectuelle sur le papier ! Par d’Amazon, d’Apple ou de Microsoft pour réclamer des royalties ou des droits. Mais le format ePub est aussi libre… et c’est peut être pour cela qu’aucune de ces sociétés n’en veut : leur objectif est de capter le public dans leur propre écosystème.

  • Loeildor

    Petit commentaire d’un éditeur : le seul souci avec ce billet, c’est d’imaginer que les éditeurs choisissent d’être dans un système fermé, alors qu’il est en fait imposé par Apple, Amazon & coe. Ainsi, lorsque j’édite un livre papier, il possède son numéro d’ISBN, et il se vend ou non dans les librairies (libre choix – enfin plus ou moins)-des libraires et des éditeurs). 
    Lorsque je publie un livre numérique, il doit avoir un ISBN pour Apple et… un autre ISBN pour Amazon : techniquement, administrativement, il s’agit de deux livres, ce qui me gave pas mal. Ensuite, ce système fermé est encore plus désagréable car à terme il veut dire qu’il va y avoir trois ou quatre modèles de liseuse, deux ou trois points de vente géants, et que nous n’aurons aucune liberté dans nos choix éditoriaux ou nos prix de vente (Apple impose par exemple un prix qui se termine par ,99…)En réalité, si les pirates proposent aux éditeurs un moyens de vendre leurs livres sur tous les supports, ils seront bien content de s’entendre avec les pirates – à condition d’avoir un minimum de rémunération.