C’est une société parfaite : chaque être y trouve sa place, la compétition a été abolie et tous jouissent d’un bonheur sans entraves. Réuni sous la houlette de l’État mondial, ce monde idyllique offre une stabilité exemplaire. Les guerres et les maladies font désormais parties du passé. Vieillir n’est plus une tare. Les meilleurs ingénieurs s’emploient à conserver tout le monde heureux et en bonne santé. Si les soucis arrivent, un demi-gramme de Soma plonge la personne dans un état de béatitude et de « congé » pour quelques heures.
Bienvenue dans le « Meilleur des Mondes » d’Aldous Huxley, un roman d’anticipation écrit en 1931 et pourtant impressionnant…
Nous sommes en l’an 632 de Notre Ford. Jadis, la « Guerre des neuf ans » a obligé les habitants de la Terre a remettre leur sort à l’État mondial garantir stabilité et bonheur. La société s’est donc articulée autour des loisirs. Chaque être se doit de participer aux activités sociales et sexuelles. « Chacun appartient à tous les autres » clame la devise répétée des milliers de fois par procédé hypnopédique aux enfants lors de leur conditionnement. Car pour garantir la stabilité, le gouvernement mondial a organisé la société en castes : les Alphas (décideurs), les Bêtas, les Gammas, les Deltas et les Epsilons (main d’œuvre). Pour éviter tout souci de conception (la nature est tellement imprévisible !), chaque individu est créé en laboratoire puis conditionné. Les Epsilons seront ainsi petits et repoussants, les Alphas intelligents et résistants. Les relations amoureuses et la reproduction sexuée sont interdites. D’ailleurs, le conditionnement rend ces concepts innommables. Le sexe n’est plus qu’un loisir.
Le but ultime de cette société est de conserver une économie forte en poussant sans cesse à la consommation de loisirs ou d’objets. Toute activité solitaire est prohibée, même si ce besoin a été aboli grâce au conditionnement. Le Soma, drogue massivement distribuée à la population, permet de gommer les éventuels petits défauts du conditionnement.
Évidemment, dans ce monde parfait, quelques personnages vont faire office de grain de sable… Et c’est là tout l’intérêt de ce formidable roman ! Face à une société aseptisée et conditionnée, certains vont tout de même se poser des questions. L’arrivée d’un « Sauvage » de l’Ancien Monde changera-t-elle la donne ?
Difficile à lire, cet ouvrage n’en reste pas moins passionnant ! À lire sans réserve !
"- Le monde est stable à présent. Les gens sont heureux; ils obtiennent ce qu'ils veulent, et ils ne veulent jamais ce qu'ils ne peuvent obtenir. (...) Ils sont conditionnés de telle sorte que, pratiquement, ils ne peuvent s'empêcher de se conduire comme ils le doivent. Et si par hasard quelque chose allait de travers, il y a le soma. Il nous faut choisir entre le bonheur et ce que l'on appelait autrefois le grand art. Nous avons sacrifié le grand art. Nous avons à la place le Cinéma Sentant et l'orgue à parfums.
- Mais ils n'ont aucun sens!
- Ils représentent pour le spectateur un tas de sensations agréables. (...) Cela exige l'habileté la plus énorme. Nous fabriquons des voitures avec le minimum d'acier, et des oeuvres d'art avec pratiquement rien d'autre que de la sensation pure."