Le cycliste grille un feu rouge et frôle le piéton qui traverse hors du passage piéton. Le scooter qui se faufile entre les véhicules à toute allure manque de le renverser. Pendant ce temps, les automobilistes klaxonnent rageusement contre un bus bien décidé à user de son ampleur pour forcer le passage… Dans le métro, après avoir bousculé les personnes voulant sortir, une petite troupe de jeune s’installe négligemment sur les places réservées aux handicapés et personnes âgées. La petite vieille (qui tient à peine debout) pourra toujours profiter de leur musique qu’ils assènent au wagon via leur téléphone portable. Ailleurs, les passagers d’un train découvrent la joie d’entendre les multiples sonneries personnalisées tout au long de leurs voyages…
Est-ce un signe de mon immanquable vieillissement ? J’ai pourtant bien l’impression que le civisme se s’étiole dangereusement ? Le phénomène ne se limite pas à la capitale et touche villes et villages de province : le «chacun pour sa gueule» y fait désormais aussi des ravages. Ces signes sont-ils le revers d’une société où « l’Autre » est perçu au mieux comme un intrus (ou au pire, comme une menace) ?
Finalement, ce type de comportement accompagne l’ère du temps. Caractères toujours plus hédonistes et renfermés, défiance vis-à-vis d’une quelconque autorité savamment médiatisée (surtout auprès des plus jeunes) et délitement progressif des mécanismes de solidarité : autant de facteurs qui, pour moi, encouragent à l’incivisme.
De plus, les incivilités s’autoalimentent et déclenchent d’autres incivilités ! Une personne excédée par le comportement de ses congénères finira par être tentée d’agir ainsi à son tour. « Pourquoi s’emmerder quand les autres m’emmerdent ? ». De toutes façons, tout bon français qui se respecte a toujours la bonne excuse pour justifier ses actes.
Parfois, j’aimerai que les pouvoirs publics sifflent la fin de la récrée et rappellent à l’ordre le cycliste, l’automobiliste ou les petits cons qui oublient leur kit oreillette pour écouter leur musique. La loi, les codes, les règlements restent, à mon sens, des remparts contre la barbarie et la loi du plus fort. C’est pourtant cette dernière qui semble gagner du terrain…
… au risque de déclencher un retour de manivelle à la hauteur ! L’histoire ne manque pas d'exemples de gens excédés prêts à tout pour remettre de l’Ordre dans la société.
C'était le billet du jour du vieux con !