Sortie cinéma hier soir à Brest. Mon Toon et moi sommes allés voir l'excellent Indigène
de Rachid Bouchareb (fiche Allociné). Le ton du film est rapidement donné : en 1943, l'agitation s'empare des colonies françaises. C'est la guerre et un homme harangue la foule d'aller secourir la Mère Patrie
. Tous les hommes volontaires sont appelés. Certains iront par idéal et d'autres pour sortir de la misère. Très rapidement, le malaise envahi le spectateur en regardant ses tirailleurs de fortune, rejoignant la grande armée française : peu entraînés, peu équipés et laissés sous l'autorité d'un sergent plutôt difficile.
Très rapidement, on comprend l'utilité de ces hommes. Lors d'un assaut sur le front allemand en Italie, ils sont envoyés en première ligne pour la grandeur de la Patrie
... et pour permettre au commandement de repérer les batteries allemandes bien dissimulées dans les montagnes. De la chair à canon... Ce film ne m'aide pas à me réconcilier avec l'armée !
Non content de montrer l'horreur de la guerre et la peur de ces hommes, ce film peint toute la stupidité de l'armée et son cynisme ahurissant. Quand un correspondant de guerre demande au colonel (blanc et français) combien de morts il y a eu, le gradé se contente de répondre la France a gagné et reconquis l'estime de ses alliés
. Dont acte.
La suite est savoureuse dans le cynisme et l'hypocrisie. Alors qu'ils combattent le même ennemi pour un même idéal, les bougnoules
découvrent vite que l'armée ne leur réserve pas les mêmes privilèges qu'aux soldats bien de chez nous. Les repas diffèrent, les permissions ne sont pas accordées, les promotions leur sont refusées ou leurs courriers sont censurés. Malgré toutes les brimades et les inégalités flagrantes, certains tiennent tête et continuent de croire dans leurs idéaux.
Les 5 dernières minutes sont un véritable camouflet pour notre République. Une véritable honte pour notre pays. Une mise au point choc pour réhabiliter ces hommes qui se sont battus pour la France sans en retirer le moindre laurier. On comprend aisément la prise de position de Chirac.
Emouvant, humain et révoltant : voila quels sont les mots qui me viennent à l'esprit. Même si ce film est forcément une oeuvre personnelle (et donc, dotée d'un certain point de vue), on se doute qu'il ne doit pas mentir beaucoup sur les conditions de ces indigènes
qui ont sacrifié leur vie pour la France et n'ont gagné que l'oubli en remerciement.