Le MIDEM se déroule actuellement à Cannes et réuni tous les vautours professionnels de la musique. Les gens très sérieux qui viennent ici parlent chiffres, parts de marché et cibles commerciales (et accessoirement de musique) et se plaignent tous du grand mal qui les ronge : le piratage ! A cause de vilains internautes les ventes de CD audio auraient chuté de 9 % à 15 %. C'est autant d'argent qui ne rentre pas dans les caisses et ça fait mal aux actionnaires. Faire mal au actionnaires c'est pas bien ! En plus Pascal Nègre, le patron d'Universal Music, affirme que cela fait du tort aux artistes (et il en connait un rayon : c'est lui qui produit la Star Academy par exemple !).
Alors que l'ensemble des médias semblent s'aligner autour du point de vue de l'industrie musicale, le Monde publie un article à contre-courant. Si le piratage est une cause de la baisse des ventes de CD, il n'en est pas la seule. Comme je l'ai déjà écrit ici, l'industrie musicale oublie de faire son propre mea culpa. Le Monde insiste aussi sur d'autres facteurs qui, selon l'auteur, entrainent une baisse des ventes.

  • l'industrialisation du secteur : le CD est maintenant un article de consommation comme un autre vendu principalement en grande surface. Avant les passionnés de musique pouvaient compter sur les disquaires de quartier et leurs conseils. Désormais, le client choisi un article vendu en tête de gondole. Comme il faut faire du chiffre, les grandes surfaces se concentrent sur les stars et les chouchous de la radio. Le choix diminue, la prisque de risque des "majors" aussi.
  • cette absence de prise de risque se traduit par des choix "à court terme" et à rentabilité immédiate : des "produits de consommation" au cycle de vie court pour renouveler le plus souvent possible les stocks. On estime ainsi que les majors n'encouragent plus assez les talents et ne prennent plus le risque d'accompagner les jeunes pousses, préférant user de recettes éculées. Manque de bol : c'est précisemment les "stars papier mouchoir" (celles qu'on jette après utilisation) qui sont massivement téléchargées. Quel dilemne pour l'industrie musicale !
  • l'absence de cohérence du prix du CD. Contrairement à d'autres biens culturels (encore que Lorie, Star Ac et culture soient plutôt antinomiques), le prix du CD fluctue de manière importante. Les consommateurs préfèrent ainsi reporter le peu d'argent qu'ils ont sur d'autres biens ou services (DVD, livres, sonneries, jeux vidéos) dont le prix est plus stable.
  • pour faire face au piratage, l'industrie musicale a bradé des collections entières dévalorisant encore plus la musique aux yeux des consommateurs.

Seuls les labels indépendants résistent à la crise et réussissent à gagner des clients. Christian Le Manac'h, président des réseaux Starter, qui regroupent 80 points de vente de disquaires indépendants, résume en une longue phrase toute la problématique de ce système :

"Aujourd'hui, il n'y a plus d'albums qui se vendent sur la notoriété, affirme-t-il. L'offre est surmédiatisée, mais en fin de compte elle ne se vend pas. Il va falloir que des directeurs artistiques aient assez de force pour dire à un artiste : "Ton album n'est pas bon." Mais cet album est exposé parce que le contrat a coûté cher. Je pense qu'il faut se positionner sur la durée et donner une chance à un artiste d'émerger. Sur six mois, il n'a pas eu le temps d'exister."

Si seulement Pascal Nègre et ses copains pouvaient écouter cette réflexion au lieu de mentir aux pouvoirs publics sur la réalité de leurs pertes...