L'impossible débat
Par Zep le mardi 24 avril 2007, 13:17 - Popolitique - Lien permanent
A la vue des nombreux commentaires qu’a suscité mon billet « Historique », il semble que l’élection présidentielle intéresse de nombreuses personnes. Je ne pense pas qu’un débat d’idées soient possible entre les supporters de Nicolas Sarkozy et les partisans de Ségolène Royal. Il y a autant de chance de mettre d’accord les deux camps que de réunir les israéliens et les palestiniens autour d’une table pour parler de paix. Il suffit de regarder attentivement le choix sémantique pour comprendre…
La plupart des groupies de Nicolas Sarkozy ne s’appuient pas sur un programme mais sur l’image qu’ils ont du candidat. Cette image, Nicolas Sarkozy l’a confiée à des experts en communication. Personne ne peut nier qu’il est un orateur hors pair et qu’il sait parfaitement manier la communication gestuelle lors de ses interventions en public.
Il inspire donc une image d’homme confiant, de confiance et il se pose volontairement en « sauveur » d’une France « en déclin ». On oppose régulièrement cette posture à celle de Ségolène Royal. Je confirme que la candidate socialiste n’a pas une diction extraordinaire et n’arrive pas à rendre ses discours passionnants quand elle lit.
Mais vote-t-on pour une image ?
Beaucoup de lecteurs ici maîtrisent bien les programmes des candidats et votent en connaissance de cause. Mais électeur aux yeux farcis de TF1 et aux oreilles remplies d’Europe 1 (deux médias acquis à la cause de l’UMP) n’ont sans doute pas autant de réflexion.
Nicolas Sarkozy a balayé tous les sujets en jouant tantôt sur les peurs, tantôt sur les espoirs, tantôt sur le rejet. Quand il parle de travail, il oppose les « assistés » aux travailleurs. Celui qui bosse pour un salaire de misère ne peut qu’applaudir ! Il propose ensuite de détaxer les heures supplémentaires pour permettre de « gagner plus quand on travaille plus ». Là encore, je doute que le salarié raisonne énormément à l’écoute de ce type de discours. Il ne sait pas forcément qu’aux USA, pays de référence pour le président de l’UMP, beaucoup de classes moyennes cumulent deux travails pour s’en sortir. Cette vision binaire se retrouve à tous les niveaux "bons / justes", "racaille / français", "fonctionnaires / salariés du privé"...
En se posant en candidat de « l’ordre », il s’adresse à 60% environ de la population. Ce pourcentage correspond approximativement au nombre de personnes sensibles au besoin de sécurité. Là encore, on pose un principe manichéen « si vous êtes avec moi, vous êtes dans le camp de l’ordre, les autres, c’est le camp de la racaille et des voyous ». Le discours est limpide, tranchant, facilement absorbable par des temps de cerveaux disponibles. Son image rassure la ménagère et le propriétaire d’un pavillon de banlieue. Qu’importe si les violences contre les personnes ont explosé alors qu’il était place Beauvau… C’est pas une femme qui sera capable de mettre de l’ordre !
« Responsable », « exigeante », « respectueuse », « ambitieux »… autant de qualificatifs qu’on retrouve dans les programmes. Autant de mots qui ne veulent rien dire et qui parlent avant tout au cœur quand on devrait s’adresser à la raison. Là encore, ces procédés sont largement utilisés par les autres candidats, Gros Pen en premier.
Le point culminant est atteint avec un discours où il « veux dire aux Français qu'ils auront à choisir entre ceux qui aiment la France et ceux qui affichent leur détestation de la France ». Plus populiste on ne fait pas ! On s'adresse à la fibre patriotique, au sentiment d'appartenance des hommes et des femmes.
Du coup, critiquer le candidat revient à s’attaquer au cœur et au ressenti. D'ailleurs, Nicolas Sarkozy adopte la bonne tactique pour réagir aux attaques : celle de la victime. Il est "seul contre tous" et alimente la théorie qu'il serait le seul à être libre et contre la "pensée unique". Quand on veut attaquer un gourou, on ne doit pas dire aux fidèles qu’ils se trompent. On doit tenter de montrer quelques faits… Quand les adversaires de Ségolène Royal affirment que c’est une « cruche incompétente », ils ne s’appuient en rien sur des faits.
Par contre, je considère comme des faits :
- que Nicolas Sarkozy et ses lieutenants sont les candidats sortants et qu’ils critiquent un bilan dont ils sont les auteurs,
- que la dette est passée de 45% à 55% lors du passage de Nicolas Sarkozy à Bercy et qu'une note d'information demandait aux fonctionnaires "d'honnorer toute demande de Cécilia Sarkozy sans faire état du budget",
- qu’il a proféré (et confirmé) des propos comme quoi certaines prédispositions au suicide étaient innées,
- qu’il a tenu des propos outranciers envers nos voisins allemands « La France n'a pas à rougir de son histoire. Elle n'a pas commis de génocide. Elle n'a pas inventé la solution finale. Elle a inventé les droits de l'Homme et elle est le pays du monde qui s'est le plus battu pour la liberté »,
- qu’il a associé « identité nationale » et « immigration », deux thématiques chères au FN,
- qu’il a fait virer une personne de la rédaction de Paris-Match,
- qu’il se plaint aux actionnaires de groupes de presse quand on écorne son image,
- qu’il profère des menaces envers les journalistes et la direction de France 3 quand il attend un quart d’heure pour se faire maquiller,
- qu'il était le seul responsable d'un parti politique à vouloir engager la France aux côtés de Bush, Blair et Aznar dans le bourbier irakien,
- qu'il fasse nommer, contre l'avis du Conseil Supérieur de la Magistrature, le procureur des Hauts-de-Seine,
- que le fils Sarkozy est le filleul de Martin Bouygues, propriétaire de TF1, dont le JT de 20h est premier en terme d'audimat.
A côté de ça, les « bourdes » de Ségolène Royal sont presque toutes légères !
J’espère que le débat Royal / Sarkozy sera l’occasion d’aborder ces faits et que la candidate lui demandera de s'expliquer. La stratégie de Sarkozy sera certainement de faire passer sa concurrente pour une incompétente ou une « hystérique ». Encore une fois, l’électeur moyen ne s’attachera qu’à la petite phrase…
Et puis… si ça se trouve, peut-être que la France a réellement viré à droite vers une société du chacun pour soit avec l’étranger comme principale peur…

Commentaires
Sans parler de son projet, complètement irréalisable.
Merci pour ta clairvoyance. ^^
@Devisu : c'est là que je ne te suis pas trop... En quoi le programme de Sarkozy, un erzatz de tout ce qui se fait d'ultralibéral partout dans le monde, ne serait pas réalisable ? Il applique une politique monetariste : supprimer toutes les contraintes aux entreprises, faire reculer le rôle de l'Etat à ses fonctions régaliennes dans l'espoir que les entreprises embauchent et relancent la croissance. Personnellement, j'ai plutôt une approche keynesienne de l'économie, l'Etat doit jouer son rôle d'arbitre et favoriser les entreprises qui innovent ou embauchent et taxer celles qui ne jouent pas le jeu. Il doit être capable de redistribuer justement les richesses créées pour ne laisser personne au bord du chemin. Dans une économie libérale, la croissance est, à mon sens, freinée par la peur du lendemain. Quand on a confiance, quand on sait qu'on a des garantis et un salaire décent, on est plus enclin à consommer, donc la croissance repart. Deux idées, deux visions. Le chacun pour sa gueule ou une juste redistribution. Ce qui ne veut pas dire qu'on est pour "l'assistanat" comme le sussurent les militants UMP !
Keynes, Politique monétariste.... je ne te savais pas aussi économiquement cultivé !
Ta réthorique s'améliore !!!
Ton texte et ton commentaire montrent une belle lucidité
Très belle analyse, ça résume bien la situation et la stratégie de Sarko... Le pire c'est que c'est une mécanique bien huilée et que ça marche !
La droite, celle hors de Sarko, ce n'est pas le "chacun pour soi" et la gauche, le "partage"... L'objectif de ces 2 partis, respectables l'un comme l'autre, c'est de faire vivre un pays et tous ses citoyens, mais selon des méthodes différentes : la droite agit sur l'économie pour assurer le social et la gauche agit sur le social pour assurer l'économie. C'est d'abord ca, la dualité droite/gauche ! Le TSS est en dehors de ça, enfin pour moi en tout cas. Son programme me dérange mais moins que celui de Royal. Mais je risque de voter Royal, sans conviction, ou seulement avec celle de ne pas renoncer à mes principes : un candidat à la présidence n'a pas le droit, aussi anecdotique soit il, de flirter avec le FN. Chirac pouvait avoir tous les défauts que vous voulez, mais il a eu mon vote aussi parce que le FN n'a pas eu le droit à ses faveurs.
Zep, on ne susurre pas que la gauche est pour l'assistanat, on crie haut et fort qu'elle l'a toujours fait !
Par ailleurs, tu écris : "l'Etat doit jouer son rôle d'arbitre et favoriser les entreprises qui innovent ou embauchent et taxer celles qui ne jouent pas le jeu.". Ok, mais vu le niveau record d'imposition et de taxation dans ce pays, on ne peut pas faire plus... pourtant, Ségolène Royal va beaucoup plus loin puisqu'elle dit que "ce ne sera plus possible de licencier ou de délocaliser lorsqu'on fait des bénéfices." Avec des phrases comme celle-là, c'est certain, on ne va plus accueillir beaucoup d'entreprises étrangères !
Notamment en 2002, où il était le chef de campagne de Chirac. L'insécurité, c'est lui. Vous avez vraiment envie qu'on recommence à vous manipuler ?
Economie et Sarkozy.
Il veut réduire de 4%du PIB la part des prélèvements obligatoires, en jouant sur l'impôt sur le revenu. Ce taux est stable aux alentours de 44% depuis Jospin. 4 points, c'est plus que la totalité de l'impôt sur le revenu. 4% du PIB, cela représente la totalité de l'impôt sur le revenu, de l'impôt sur les successions et de l'ISF. Thatcher l'a fait de deux et ça a été une catastrophe. Les prélèvements obligatoires de la Suède sont de 50 %, et la croissance y est forte.
Je rappelle que l'idée de l'impôt sur les successions est une idée de Bush.
Les principes de l'économie libérale et de la méritocratie insistent précisément sur le fait que tout le monde doit prouver son adresse et mériter, et que la succession est totalement en contradiction avec ces faits.
Sarkozy. C'est travailler plus pour gagner plus. Pour éviter les délocalisations ? Ne me faites pas rire. Comment concurrencer un chinois sans droits sociaux, au salaire dix fois inférieur ? En travaillant plus ?En traittant les ouvriers français de la même manière que les ouvriers chinois ? Hors de question.Mais c'est déjà le cas, je le rappelle. Royal propose la recherche, l'éducation et le reclassement. Elle n'a jamais menti, elle a juste prôné une convention pour redéfinir les termes de la politique industrielle française. Nous faire trimer ne servira-à-rien. Voilà, tirez vos conclusions.
A l'opposé Ségolène Royal propose un reclassement pour les ouvriers délocalisés dans des secteurs d'avenir comme les nouvelles technologies. N'oublions pas non plus qu'une bonne partie des activités ne peuvent tout simplement pas être délocalisées et qu'il serait plus intéressant de chercher dans cette direction. Au sujet des nouvelles technologies, d'ailleurs, si la France avait pris une avance considérable sur ses collègues européens grâce au gouvernement Jospin sur le réseau et l'émergence d'opérateurs alternatifs au point que des entreprises américaines comme IBM se mettent à lorgner sur l'Hexagone pour fuir les lois américaines restreignant l'utilisation de certains logiciel (dont Patriot Act). La LEN et la DAVDSI ont non seulement été des lois liberticides, mais ces sociétés regardent ailleurs, désormais. C'est Jospin, le développement de l'ADSL et de l'économie numérique, complètement entravé par la droite. Enfin, ça, c'était juste au passage.
Il propose d'éliminer l'impôt sur le revenu des jeunes de 18 à 25 ans, pour pouvoir clamer les jeunes avec Sarkozy. Seulement 25 % des étudiants ont un emploi. Il faut gagner 13.000 € par an environ pour le payer. C'est incroyablement bas parmi les étudiants. Démagogie.
Sarko annonce la privatisation de l'école, de la santé et des dernières fonctions régaliennes, déjà fort entamées.
La solution écologique de la France aux effets de serre, c'est le nucléaire. Rejets d'eau chaude qui tuent la faune et déchets radioacrifs C'est du vent, parce qu'il parle de réduire par 4 les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050. Le problème, c'est qu'à cette date, il n'y aura plus de pétrôle, il sera dans l'atmosphère. =)
En fait, le programme de Sarkozy est parfaitement faisable, puisqu'il consiste à ne rien faire, à tout vendre et à désengager l'état (allez voir l'état des hôpitaux aux USA... les files d'attentes monstrueuses aux urgences et les morts dansl les couloirs avant de gueuler que rien ne va ici, que ça pourra jamais être pire et que Sarkozy est l'homme qu'il nous fait. Considérez le fait que sur un dollar versé à une mutuelle santé aux USA, la mutuelle en garde, 27. Sur ce même dollar, l'état du Canada en garde 3. Sarkozy ne veut pas votre bien, messieurs-dames.
La démagogie du discours est constante, je le répète. Le respect des victimes, dans le chapitre sécurité ? Vous croyez que la gauche est plus empathique pour Patrick Henry ?
J'en retiens surtout des cadeaux fiscaux infinançables. Même la logique de sa politique monétariste ne tient pas. A moins qu'on compte sur un miracle, qui sait ?
http://www.liberation.fr/rebonds/23...
Basés sur une croissance surréaliste (4%, plus que les USA, plus que la Suède)...
Mais aussi une droite qui fait moins bien que la gauche depuis 12 ans (sous la gauche, la croissance était supérieure à la moyenne des pays de l'OCDE, pas sous la droite).
Sinon, je suis plutôt Kenyesiste, mais aussi pour que l'Etat remette le grapin sur EDF, GDF et la générale des eaux. Rien que ça... Je ne suis pas pour tout sacrifier au marché.
Si vous n'avez pas encore fait votre choix, n'attendez pas trop longtemps, quand même. On n'a que 15 jours
@Sociable : tu admettras que les commentaires de quelqu'un qui dit être attiré par "le message d'espoir de Nicolas Sarkozy" me font bien marrer ! Tu ressors l'éternelle rengaine de la droite... Hors, la gauche n'a plus le pouvoir depuis 12 ans ! Elle a eu le temps d'évoluer. Pendant l'ère Jospin, on ne peut pas dire qu'elle ai joué l'assistanat ! Au contraire ! Quant au bilan de Jospin, il a de quoi faire rougir le gouvernement sortant à tous les niveaux. Encore une fois, tu fais preuve d'un aveuglement totalement navrant.
@ Mikem : comme tu le dis "hors Sarkozy, la droite...". Cette droite humaniste va disparaitre avec Chirac. La nouvelle droite de Nicolas Sarkozy va avant tout se concentrer sur la croissance et fera certainement quelques babioles sociales pour donner le change. Et encore... si elle le fait ! "Maguy" ne s'est pas fait chier à faire du social pendant 10 ans en Angleterre, pourquoi Nicolas s'emmerderait ? Ils n'attendent que ça : livrer la sécu aux assureurs privés, liquider le droit du travail (pardon... "dépoussiérer"), etc. Les discours mielleux de Sarkozy, je n'y crois pas un mot. Ses déclarations passées sur les syndicats et autres indiquent clairement sa direction.Quant aux entreprises qui délocalisent ou licencient alors qu'elles font des bénéfices, je ne trouve pas injuste qu'elles soient sanctionnées. Je trouve qu'il faut un certain courage pour remettre un peu de morale dans la vie économique; mais ça doit te paraitre étrange d'y penser. Par contre, entièrement d'accord de revoir notre façon de taxer les entreprises et les individus. Mieux répartir l'impôt, favoriser l'innovation et l'embauche...
@Devisu : entièrement d'accord avec ton analyse... Il me faudrait tout de même l'avis d'un expert contradictoire... si monsieur Sociable veut bien...
Bhouuu, je commence à être fatigué, demandes à Atipyk pour une fois... voire à Yepboy, l'économiste raisonné, c'est lui !
J'attends en tout cas de lire les résumés du débat qui va les opposer, parce que j'ai la vague intuition qu'elle va se faire laminer lors de ce "duel".
Dommage, surement, mais ce sera surement très drôle à voir, juste pour la forme.
Parce qu'il n'y a bien que la forme qui soit risible.