La plupart des groupies de Nicolas Sarkozy ne s’appuient pas sur un programme mais sur l’image qu’ils ont du candidat. Cette image, Nicolas Sarkozy l’a confiée à des experts en communication. Personne ne peut nier qu’il est un orateur hors pair et qu’il sait parfaitement manier la communication gestuelle lors de ses interventions en public.

Il inspire donc une image d’homme confiant, de confiance et il se pose volontairement en « sauveur » d’une France « en déclin ». On oppose régulièrement cette posture à celle de Ségolène Royal. Je confirme que la candidate socialiste n’a pas une diction extraordinaire et n’arrive pas à rendre ses discours passionnants quand elle lit.

Mais vote-t-on pour une image ?

Beaucoup de lecteurs ici maîtrisent bien les programmes des candidats et votent en connaissance de cause. Mais électeur aux yeux farcis de TF1 et aux oreilles remplies d’Europe 1 (deux médias acquis à la cause de l’UMP) n’ont sans doute pas autant de réflexion.

Nicolas Sarkozy a balayé tous les sujets en jouant tantôt sur les peurs, tantôt sur les espoirs, tantôt sur le rejet. Quand il parle de travail, il oppose les « assistés » aux travailleurs. Celui qui bosse pour un salaire de misère ne peut qu’applaudir ! Il propose ensuite de détaxer les heures supplémentaires pour permettre de « gagner plus quand on travaille plus ». Là encore, je doute que le salarié raisonne énormément à l’écoute de ce type de discours. Il ne sait pas forcément qu’aux USA, pays de référence pour le président de l’UMP, beaucoup de classes moyennes cumulent deux travails pour s’en sortir. Cette vision binaire se retrouve à tous les niveaux "bons / justes", "racaille / français", "fonctionnaires / salariés du privé"...



En se posant en candidat de « l’ordre », il s’adresse à 60% environ de la population. Ce pourcentage correspond approximativement au nombre de personnes sensibles au besoin de sécurité. Là encore, on pose un principe manichéen « si vous êtes avec moi, vous êtes dans le camp de l’ordre, les autres, c’est le camp de la racaille et des voyous ». Le discours est limpide, tranchant, facilement absorbable par des temps de cerveaux disponibles. Son image rassure la ménagère et le propriétaire d’un pavillon de banlieue. Qu’importe si les violences contre les personnes ont explosé alors qu’il était place Beauvau… C’est pas une femme qui sera capable de mettre de l’ordre !

« Responsable », « exigeante », « respectueuse », « ambitieux »… autant de qualificatifs qu’on retrouve dans les programmes. Autant de mots qui ne veulent rien dire et qui parlent avant tout au cœur quand on devrait s’adresser à la raison. Là encore, ces procédés sont largement utilisés par les autres candidats, Gros Pen en premier.

Le point culminant est atteint avec un discours où il « veux dire aux Français qu'ils auront à choisir entre ceux qui aiment la France et ceux qui affichent leur détestation de la France ». Plus populiste on ne fait pas ! On s'adresse à la fibre patriotique, au sentiment d'appartenance des hommes et des femmes.

Du coup, critiquer le candidat revient à s’attaquer au cœur et au ressenti. D'ailleurs, Nicolas Sarkozy adopte la bonne tactique pour réagir aux attaques : celle de la victime. Il est "seul contre tous" et alimente la théorie qu'il serait le seul à être libre et contre la "pensée unique". Quand on veut attaquer un gourou, on ne doit pas dire aux fidèles qu’ils se trompent. On doit tenter de montrer quelques faits… Quand les adversaires de Ségolène Royal affirment que c’est une « cruche incompétente », ils ne s’appuient en rien sur des faits.

Par contre, je considère comme des faits :

  • que Nicolas Sarkozy et ses lieutenants sont les candidats sortants et qu’ils critiquent un bilan dont ils sont les auteurs,
  • que la dette est passée de 45% à 55% lors du passage de Nicolas Sarkozy à Bercy et qu'une note d'information demandait aux fonctionnaires "d'honnorer toute demande de Cécilia Sarkozy sans faire état du budget",
  • qu’il a proféré (et confirmé) des propos comme quoi certaines prédispositions au suicide étaient innées,
  • qu’il a tenu des propos outranciers envers nos voisins allemands « La France n'a pas à rougir de son histoire. Elle n'a pas commis de génocide. Elle n'a pas inventé la solution finale. Elle a inventé les droits de l'Homme et elle est le pays du monde qui s'est le plus battu pour la liberté »,
  • qu’il a associé « identité nationale » et « immigration », deux thématiques chères au FN,
  • qu’il a fait virer une personne de la rédaction de Paris-Match,
  • qu’il se plaint aux actionnaires de groupes de presse quand on écorne son image,
  • qu’il profère des menaces envers les journalistes et la direction de France 3 quand il attend un quart d’heure pour se faire maquiller,
  • qu'il était le seul responsable d'un parti politique à vouloir engager la France aux côtés de Bush, Blair et Aznar dans le bourbier irakien,
  • qu'il fasse nommer, contre l'avis du Conseil Supérieur de la Magistrature, le procureur des Hauts-de-Seine,
  • que le fils Sarkozy est le filleul de Martin Bouygues, propriétaire de TF1, dont le JT de 20h est premier en terme d'audimat.

A côté de ça, les « bourdes » de Ségolène Royal sont presque toutes légères !

J’espère que le débat Royal / Sarkozy sera l’occasion d’aborder ces faits et que la candidate lui demandera de s'expliquer. La stratégie de Sarkozy sera certainement de faire passer sa concurrente pour une incompétente ou une « hystérique ». Encore une fois, l’électeur moyen ne s’attachera qu’à la petite phrase…

Et puis… si ça se trouve, peut-être que la France a réellement viré à droite vers une société du chacun pour soit avec l’étranger comme principale peur…