Les opposants au mariage pour tous, menés par « l’humoriste catholique » Frigide Barjot puis par l’association de catholiques intégristes Civitas, ont manifesté hier et aujourd’hui dans plusieurs villes de France. Parmi les slogans de la manifestation du 17 novembre, il y avait l’idée qu’un enfant, c’est « un papa et une maman ». Les catholiques, eux, rappellent leur attachement au mariage comme « fondement même de notre société ». Ces manifestations étaient l’expression d’une conviction. Dont acte.
Personnellement, je ne suis pas particulièrement enclin à me marier. À la différence d’un Xavier Bongibault, de « Plus gay sans mariage » (mon Dieu, mais où l’ont-ils trouvé celui-là ?), je n’en ai toutefois pas « rien à foutre ». J’ai été pacsé. Malgré l’avancée indéniable qu’il fut, le pacs reste un « sous-mariage », purement administratif, incomplet et surtout signé en cachette dans le tribunal d’instance du domicile. On a connu plus festif. Je soutiens donc les couples – tous les couples – souhaitant s’unir au regard de la loi, en mairie. Je soutiens ceux qui souhaitent que chaque couple uni devant les lois de notre République jouisse des mêmes droits. À ce titre, je soutiens le projet du gouvernement.

Non seulement beaucoup d’arguments des opposants à ce projet reposent sur des contrevérités, mais en plus, il s’agit souvent de convictions personnelles ou religieuses. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai autant de mal à comprendre ces mêmes arguments…
À la différence des opposants à cette loi, je pensais bêtement que le mariage concernait juste l’amour. Je vois le mariage comme un moyen de dire aux siens et à la société qu’on aime son compagnon et qu’on compte continuer à le faire « jusqu’à ce que la mort nous sépare » : c’est une preuve de stabilité, de désir d’aller de l’avant et de protection du couple. Il ne s’agit pas d’une histoire de parité, de sexes respectifs, mais bien d’amour.
Ouvrir le mariage à tout couple adulte et responsable, avec les mêmes garde-fous que le mariage actuel (âges minimum, interdiction d’ascendance ou de descendance, etc.), ne bouleversera pas notre société (et n’ouvrira pas les portes de l’enfer sur la France). S’opposer à cela, c’est s’opposer à l’amour que se portent deux personnes, quel que soit leur sexe, ni plus ni moins.
Je passe rapidement sur les arguments religieux comme quoi le mariage serait un « fondement de notre société » ou le garant de « l’ordre naturel« … hérésie absolue ! Non seulement le mariage n’a rien de naturel mais en plus d’autres sociétés ne tournent pas autour de lui. C’est une façon de voir les choses, ni plus ni moins. Ce n’est pas parce que le mariage n’a pas évolué depuis longtemps qu’on n’a pas le droit de le faire.
Concevoir un enfant est une chose, élever un enfant en est une autre
Vient ensuite le problème des enfants. Les catholiques et l’extrême droite française aiment invoquer la protection de l’enfant quand il faut faire passer des lois rétrogrades (voir l’exemple de l’article L227-24 avec lequel Christine Boutin s’illustrait déjà en 1994). Les opposants craignent principalement que les couples homosexuels puissent adopter. Pour eux, le mariage est avant tout une question de procréation, impliquant (forcément) un homme et une femme.

Bonne nouvelle : je suis d’accord avec eux sur leur approche de la reproduction humaine ! Je ne partage néanmoins pas leur opinion sur le mariage. Si le mariage était vraiment lié à la procréation, alors les couples stériles ou les femmes ménopausées ne devraient pas avoir le droit de se marier. Poursuivant leur logique, il conviendrait même de leur imposer le divorce. Non…
Concevoir un enfant est une chose. Élever un enfant en est une autre. L’homoparentalité est déjà une réalité en France. De nombreux couples homosexuels élèvent déjà des gosses dans le pays. L’un des principaux problèmes est le statut du conjoint. En cas de souci pour le parent « biologique » (accident, maladie, décès), le conjoint n’a absolument aucun droit sur l’enfant. On recense déjà des cas où des enfants élevés depuis de nombreuses années par des couples homosexuels sont arrachés à un parent survivant pour être placés, par exemple, chez les grands parents. Est-ce là l’intérêt de l’enfant ?
De plus, un couple hétéro n’a jamais protégé les enfants d’abus, de maltraitances et de la haine (Marc Dutroux était marié et catholique), tout comme une calotte n’a jamais repoussé les pires perversions. Les couples homosexuels ne feront pas forcément mieux… Toutefois, plusieurs études tendent à montrer que les enfants élevés par des homosexuels-elles s’épanouissent bien. Le principal problème d’enfants élevés par des couples homosexuels viendra des mêmes personnes qui défilaient dans la rue ce weekend. Le véritable ennemi de ces enfants, c’est l’intolérance, pas l’amour.

Au final, le « mariage gay » n’est pas la satisfaction d’une minorité ou d’un pseudo « lobby gay » (ha ha ha !), mais bien une chose normale dans une société moderne et juste envers tous ses citoyens. Il ne s’agit rien d’autre qu’une revendication d’égalité : celle de signifier l’amour d’un couple devant la loi, d’élever dignement un enfant pour celles et ceux qui le souhaitent… De nombreux pays ont déjà adopté le mariage pour tous sans que leur société ne s’écroule. La France ferait-elle exception, alors que les arguments des opposants à ce projet ne reposent sur rien, sinon de simples convictions ? Sommes nous encore si arriérés ? Allez Hollande, que cette loi passe et qu’on en rigole dans 10 ans, comme aujourd’hui avec le Pacs !
