Me voici assis dans le métro. Il n’est pas tard mais, pour une fois, la ligne 13 n’est pas bondée. Je suis donc seul dans mon petit carré de six, au fond de la rame. Téléphone en main, je joue. Il entre deux stations après la mienne et s’installe face à moi. Ma mâchoire tombe au sol et la langue se déroule façon Tex-Avery. Wow ! Quelle bombe. 25-30 ans, brun, bien foutu, casual… le classique quoi ! Le voyage vers Saint-Lazare va être agréable…
Il sort un livre et commence à lire. Je continue de vaquer à mes occupations, levant un œil de temps à autres. Je remarque qu’il lit presque à haute voix et a l’air littéralement plongé dans ses pages, l’air soucieux. Il relève la tête et… merde… je me fais griller à le mater. Mais il n’a pas l’air de s’en offusquer. Il a l’air réellement soucieux. Perdu. Mécaniquement, je baisse la tête et continue ma partie.
« Excusez-moi, monsieur ? »
Merde ! C’est à moi qui parle ?
« Oui ? »
La vache, il a de beaux yeux l’enfoiré !
« Euh… c’est un peu compliqué à demander… »
Il est hyper mal à l’aise en fait. Qu’est ce qui va bien me tomber sur le coin de la gueule ? En fait, je ne suis pas fier du tout. Il continue
« Pourriez-vous me lire ce paragraphe, je n’y arrive pas du tout. »
Stupeur. Il me tend son livre : Harry Potter à l’école des sorciers. Un paragraphe de deux-trois phrases. Même pas un mot compliqué à part un « moldu ». Je lui lis le paragraphe. Il tente de suivre mot à mot au moment où je parle. Le mec est hyper mal à l’aise et je le suis presque tout autant.
« Merci », me dit-il avant de tourner la page et se replonger dans le déchiffrage de son livre.
Pourquoi ai-je retenu cette anecdote ? Est-ce parce que le mec était mignon ou parce que j’ai été impressionné d’être confronté un cas flagrant d’illettrisme ? Il n’avait pas l’air benêt ou d’jeune ou être affublé de ces images d’épinal qu’on associe parfois à ce problème. J’ai été désarçonné de devoir aider ce gars, alors qu’aider un aveugle à traverser la rue ne m’a jamais gêné. L’habit ne fait pas le moine, dit-on. J’en ai eu la preuve.
Saint-Lazare, je sors. Fin de l’histoire.

Non, la bombe de l'histoire ne lisait pas "Le Monde"