En lisant Yagg, je suis tombé sur un article présentant « Douchbags of Grindr », qui recense les plus beaux connards du célèbre outil de rencontres. Si certains profils affichés sur cette application vedette chez les gays peuvent faire marrer, d’autres fleurent bon le racisme, le mépris et le narcissisme. « Suis un régime strict : pas de nems, de curry, de fallafels ou de chocolat. Recherche des jeunes hommes minces de 18 à 25 ans, si ce n’est pas votre cas, ne vous attendez pas à une réponse », fait notamment partie des profils répertoriés. So glam !
Un commentaire a attiré mon attention. Quelqu’un indique que Grindr n’est pas pire que n’importe quel tchat, qu’il devient « aussi difficile de prendre contact avec un mec, qu’une entreprise pour un job », et que si « les CV sont gonflés pour décrocher un premier entretien, les profils de certains le sont aussi pour attirer les profils exigeants ».… et c’est vrai ! Il suffit de me souvenir de ma propre expérience ou de suivre les histoires de mes amis pour s’apercevoir que ces sites sont devenus de véritables catalogues publicitaires, où chaque personne, chaque profil, n’est qu’un produit de plus dans un supermarché déjà bondé.
Concevoir son profil relève chez certains de l’opération marketing : photos de professionnels, informations de plus en plus précises comme la taille, le poids, la couleur de cheveux, la taille de la zigounette (évidemment !), la corpulence, le nombre de muscles au centimètre carré, l’origine ethnique, le salaire et j’en passe. Et surtout – SURTOUT – gommer toute originalité : faire la gueule sur des photos, torse nu, avec son iPhone et ses chiottes en arrière-plan. On finit par aborder quelqu’un comme on aborde une entreprise : en croisant les doigts pour que son CV tout lisse soit assez attrayant pour mener à un entretien (de débauche !).
Au final ? Des célibataires lassés de l’être, des mecs toujours plus exigeants, des dialogues considérés comme une perte de temps… et des rencontres gérées comme des ressources humaines, l’humanité en moins. On désire rencontrer un humain, mais on le cherche comme un produit. On ne perd pas de temps à découvrir l’autre. On ne laisse plus de place au hasard. Time is money.
Et je comprends, comme le commentateur, que bien des mecs se sentent perdus, qu’ils se sentent parfois lassés de recevoir un laconique « tu n’es pas mon genre » (et encore, ça, c’est quand le mec en face est poli !). Beaucoup cherchent pourtant l’amour sincèrement… mais rien sur ces sites ne favorise les relations humaines. Au mieux, l’intérêt est sous la ceinture.
J’ai pourtant trouvé mon homme sur l’un de ces sites. Mais celui-ci n’était pas formaté par ce système… Drôle, incisif, original : c’est sans doute ça qui m’a tout de suite plu chez lui. En plus, il y avait une petite forme de hasard dans cette rencontre. En tout cas, suis bien content d’avoir rencontré un être humain et de ne plus retourner au supermarché !

Bastille, hier, une jeune fille toute souriante de L’ESF (Etablissement Français du Sang) me lance un « donnez votre sang! » enjoué.





